À la mémoire de mon père spirituel
Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.
Chers frères et mes sœurs en Christ, chers amis,
Il y a des départs qui nous laissent sans paroles, mais je veux tout de même faire un essai.
Lundi dernier, notre père Hristo a rendu son âme à Dieu. Hier, samedi, nous avons accompagné son corps jusqu'à sa dernière demeure. Et aujourd'hui, en ce dimanche, nous sommes encore réunis autour de nos pensées pour lui — non plus autour de son corps, mais autour de sa mémoire, autour de sa prière, autour de tout ce qu'il a semé parmi nous.
Pour moi, père Hristo n'était pas seulement notre prêtre. Il était mon père spirituel.
Et lorsqu'on perd un père spirituel, on ne perd pas seulement quelqu'un qui nous a enseigné. On perd une voix que l'on avait l'habitude d'entendre, un regard qui nous connaissait, une présence vers laquelle on pouvait se tourner.
Mais l'Évangile que l'Église nous donne aujourd'hui nous empêche de regarder seulement la mort.
Le Christ nous parle d'un festin. « Le royaume des cieux est semblable à un roi qui fit des noces pour son fils. » Tout commence par une invitation. Dieu invite. Il invite à Sa table. Il invite à Ses noces. Il invite à la vie éternelle.
Et peut-être que c'est ainsi que nous devons regarder aujourd'hui le départ du père Hristo : non pas comme si nous pouvions expliquer les desseins de Dieu, mais avec l'espérance que celui qui a servi toute sa vie le Christ : une dizaine d’années en Bulgarie, 14 ans dans le monastère de Lesna avec des offices quotidiens et puis 24 ans ici à Saint Nicolas et il est maintenant appelé par son Maître à entrer dans le Royaume.
Père Hristo était un homme simple. Mais sa simplicité n'était pas une pauvreté de l'esprit dans le sens humain. C'était au contraire une simplicité qui laissait voir l'essentiel.
Il lisait beaucoup. Il avait des connaissances dans de nombreux domaines. Il pouvait parler de beaucoup de choses, mais il n'avait pas besoin de montrer ce qu'il savait. Il connaissait par cœur la Divine Liturgie de saint Jean Chrysostome. Il n'avait pas besoin de livret pour la célébrer. Il connaissait aussi par cœur la préparation des Saints Dons. Cela nous dit quelque chose de très beau. La Liturgie n'était pas pour lui simplement un texte à lire. Elle était devenue une prière inscrite dans son cœur. Et pourtant, malgré tout cela, il était resté simple.
Peut-être est-ce cela, la vraie connaissance chrétienne : plus on s'approche de Dieu, moins on a besoin de se mettre soi-même au centre.
Père Hristo avait aussi un grand cœur. Il a aidé beaucoup de personnes. Il a accompagné des couples, dont le mien, et il a essayé de préserver des familles qui étaient en train de se défaire. Il a porté les soucis des autres. À certains qui désiraient avoir des enfants, il conseillait d'aller prier sainte Geneviève.
Et parfois, ce cœur même qui voulait aider a été incompris.
Père Hristo a été critiqué pour ses faiblesses. Nous connaissons tous cette tentation : nous voyons facilement les faiblesses d'un autre homme, et nous oublions le combat qu'il mène à l'intérieur de son cœur tout le long de sa vie.
Mais aujourd'hui, l'Église nous invite à quelque chose de plus profond que le jugement. Elle nous invite à la miséricorde. Car aucun de nous ne se tient devant Dieu en disant : « Je suis digne par mes propres forces. » Nous venons tous avec nos blessures. Nous venons avec nos faiblesses. Nous venons avec ce que nous avons réussi à faire, mais aussi avec ce que nous n'avons pas réussi à faire.
Et c'est précisément pour cela que nous avons besoin du Christ.
Père Hristo, lui, a connu une dernière année particulièrement difficile. Il a souffert. Il a souffert sévèrement, longtemps, dans la maladie et à l'hôpital. Et ceux qui l'ont vu dans cette dernière période savent combien le corps humain peut devenir fragile et combien la souffrance peut être lourde.
Dieu l'a appelé précisément le jour de la fête de saint Jean de Rila. Et ce détail a pour moi une résonance particulière. Il a été appelé dans le Royaume de Dieu le jour de fête du plus grand Saint bulgare.
Il y a quelque chose de profondément émouvant dans le fait que père Hristo, fils de cette même terre spirituelle, ait quitté ce monde le jour où l'Église célébrait la mémoire de saint Jean de Rila. C’est un vrai signe de consolation. Il est parti paisiblement. Son visage était paisible.
Père Hristo nous a laissé un exemple. Un exemple d'homme simple, ne cherchant pas les biens terrestres. Un homme cultivé, mais sans besoin de paraître. Un prêtre qui connaissait la Liturgie par cœur, mais surtout un prêtre qui avait essayé de porter les hommes devant Dieu. Un prêtre qui a su me donner la flamme pour devenir prêtre et ne pas laisser sa paroisse sans pasteur.
Un homme avec ses faiblesses, comme nous en avons tous, mais aussi avec un grand cœur.
Prions pour lui, comme lui, il a prié pour nous et pour nos faiblesses et pour tous nos péchés qu’il a déliés pour nous pendant les confessions.
Maintenant, père Hristo, c'est nous qui prions pour toi. Que le Seigneur, que tu as servi, te reçoive. Que saint Jean de Rila, dont tu partageais la terre et le peuple, intercède pour toi. Et que le Christ te donne maintenant cette paix que ton corps a tant cherchée durant ta dernière année.
Que ta mémoire soit éternelle, père Hristo.
Et que le Seigneur fasse de nous aussi des hommes et des femmes prêts, lorsque viendra notre appel, à entrer dans le festin de Son Royaume. Amen.