Frères
et sœurs bien-aimés dans le Christ,
En
ce dimanche où la sainte Église nous fait entendre l’Évangile de
l’aveugle-né, nous contemplons un mystère profond : celui de la
lumière divine qui vient illuminer non seulement les yeux du corps,
mais surtout les yeux de l’âme. L’homme dont parle l’Évangile
n’a jamais vu la lumière du soleil. Depuis sa naissance, il vit
dans les ténèbres, dépendant des autres, méprisé peut-être,
oublié souvent. Et pourtant, cet homme devient aujourd’hui le
témoin de la vraie Lumière, celle qui vient dans le monde pour
éclairer tout homme.
L’Évangile
commence par une question des disciples : « Rabbi, qui a péché,
lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Voilà une
question bien humaine. Nous cherchons toujours une cause au malheur,
un coupable à désigner. Mais le Seigneur refuse cette logique de
condamnation. Il répond : « Ni lui ni ses parents n’ont péché,
mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui.
»
Le
Christ ne regarde pas cet homme comme un cas, un problème ou une
punition. Il voit en lui une personne appelée à la gloire de Dieu.
Ainsi agit toujours le Seigneur. Là où nous voyons une faiblesse,
Dieu prépare une révélation. Là où nous voyons une impasse, Dieu
ouvre un chemin de salut.
Puis
Jésus accomplit un geste étrange : Il crache à terre, fait de la
boue et l’applique sur les yeux de l’aveugle. Pourquoi ce geste ?
Les saints Pères nous disent que le Christ agit ici comme au
commencement de la création. Avec la poussière de la terre, Dieu
avait façonné Adam. Maintenant, le Verbe incarné recrée les yeux
de cet homme. Celui qui a créé le monde au commencement recrée la
vue dans un corps blessé par la condition humaine.
Saint
Irénée de Lyon écrit :
« Le Seigneur manifesta la main de
Dieu qui avait façonné l’homme au commencement, lorsqu’Il
appliqua de la boue sur les yeux de l’aveugle. »
Ainsi,
le miracle n’est pas seulement une guérison. C’est une nouvelle
création. Le Christ ne répare pas simplement un organe malade : Il
révèle qu’Il est le Créateur Lui-même.
Mais
remarquez aussi ceci : le Seigneur envoie l’aveugle à la piscine
de Siloé. L’homme doit marcher encore dans l’obscurité, avec la
boue sur les yeux. Il doit obéir avant de voir. Quelle image de la
foi chrétienne ! Souvent, nous voudrions d’abord voir, comprendre,
être rassurés, puis croire ensuite. Mais Dieu demande d’abord la
confiance. L’aveugle obéit, il se lave, et il revient voyant.
Frères
et sœurs, nous aussi, nous sommes souvent aveugles. Non pas des yeux
du corps, mais du cœur. Nous voyons les fautes des autres mais pas
les nôtres. Nous voyons les biens de ce monde mais pas la présence
de Dieu. Nous voyons nos inquiétudes plus clairement que les
promesses du Christ.
Le
plus tragique dans cet Évangile n’est pas l’aveuglement du
mendiant, mais celui des pharisiens. Car eux ont des yeux, et
pourtant ils refusent de voir la vérité. Plus l’aveugle guéri
progresse dans la foi, plus eux s’enferment dans leur orgueil.
L’ancien aveugle commence par dire : « Cet homme s’appelle
Jésus. » Puis il affirme : « C’est un prophète. » Enfin, à la
fin du récit, il tombe devant le Christ et dit : « Je crois,
Seigneur », et il L’adore.
Voyez
le chemin spirituel : de la guérison du corps à l’illumination de
l’âme, de la connaissance extérieure à l’adoration.
Les
pharisiens, au contraire, refusent cette lumière parce qu’ils
croient déjà tout savoir. L’orgueil spirituel est la pire des
cécités. Celui qui sait qu’il est aveugle peut être guéri ;
celui qui prétend voir demeure dans ses ténèbres.
Saint
Jean Chrysostome dit :
« L’aveugle perdit ses yeux de chair,
mais reçut les yeux de l’âme ; les pharisiens avaient les yeux du
corps, mais ils étaient aveugles dans leur intelligence. »
Aujourd’hui
encore, le Christ passe dans notre vie comme Il passa sur le chemin
de cet homme. Il voit nos blessures cachées, nos ténèbres
intérieures, nos peurs, nos passions, notre fatigue spirituelle. Et
Il veut nous illuminer.
La
piscine de Siloé est aussi une image du saint baptême. C’est dans
l’eau que l’homme est lavé et reçoit la lumière. Dans l’Église
ancienne, on appelait d’ailleurs le baptême « l’illumination ».
Car devenir chrétien, ce n’est pas adhérer à une idée, mais
recevoir une lumière nouvelle, apprendre à voir toute chose dans le
Christ.
Mais
cette lumière doit être gardée. Car il est possible d’avoir reçu
la grâce et de retourner ensuite aux ténèbres par le péché, la
dureté du cœur ou l’indifférence. Voilà pourquoi l’Église
nous appelle sans cesse à la prière, au repentir, à la confession
et à l’Eucharistie : afin que nos yeux spirituels demeurent
ouverts.
Frères
et sœurs bien-aimés, demandons aujourd’hui au Seigneur non
seulement la guérison de nos faiblesses visibles, mais surtout la
lumière intérieure. Demandons-Lui de nous apprendre à voir Sa
présence dans notre vie, à reconnaître notre propre aveuglement,
et à marcher humblement vers la vraie lumière. Amen.
P. Zhivko Z.